Un
adhérent de « Somin Féklèr » a assisté à une grosse part du débat public sur le thème : « Aménagement : architecture, urbanisme, jardins, toponymie, lundi 18 mai à
l’Ecole des Beaux Arts du Port, dans le cadre des États Généraux.
Il livre ses notes prises au fil des interventions. On y trouve pas mal de pistes à éclairer et sur lesquelles le club va, entre autres, se pencher lors du séminaire du 13 juin de façon à dégager
des positions, des interpellations, des propositions qui seront communiquées ensuite au public. Donc de points de vue, des analyses plus globales, où des arguments et contre arguments ont été
lancés, mais le constat est que le vrai débat reste à faire pour dégager le tronc commun derrière lequel se retrouve une grande majorité, sans pour autant tourner le dos aux positions
minoritaires qui doivent être actées et respectées. D’ailleurs, sur ces positions du vivre ensemble le débat n’est jamais vraiment clos.
Introduction :
La réunion est
présidée par Carpanin Marimoutou, assistée de quatre secrétaires, devant une salle convenable par la présence et très intéressante par la qualité des interventions.
L’animateur a
rappelé que cette réunion est un espace de débat sans tabou qui touche la gouvernance, l’éducation ; la question identitaire est transversale à tous les ateliers. En une seule
question : Que voulez-vous pour la Réunion, et comment la construire ?
Il a également rappelé la méthode retenue : écoute des catégorielles, deux réunions ont déjà eu lieu ; ensuite
des rencontres avec les associations ; et dans un 3e temps, des débats publics. Dans cet atelier, le débat public est déjà lancé. Un bon choix des
responsables !
Il a précisé : aujourd’hui, il est question de l’aménagement, de l’architecture, etc. Un site Internet en création devrait pouvoir faire circuler l’information, de façon à faire en sorte que
les contributions des uns et des autres soient accessibles au fur et à mesure que les États Généraux avancent. Des contacts ont été pris avec les radios pour qu’il y ait des émissions
quotidiennes sur ces thèmes. Il a également demandé aux intervenants de ne pas oublier de conclure leurs prises de parole par des propositions concrètes.
Les interventions, dans l’ordre
chronologique de leur présentation :
- L’aménagement d’un territoire doit prendre en compte l’histoire de ce territoire. L’Histoire doit être respectée dans les projets.
Dans l’aménagement des places publiques, il faut qu’il y ait une intégration de l’esclavage, du marronnage et de l’engagisme, une prise en compte réelle de cet aspect dans les toponymies (le nom
des lieux). Toute une réflexion doit être menée dans cette direction, car cette Histoire est aujourd’hui en sourdine.
- Il y a trois parties dans un territoire : l’organisation ; les idées lancées autour de l’Histoire et du patrimoine ; et l’identité, particulièrement de ceux comme les cirques,
les hauts. Et puis on a affaire à des pratiques qui évoluent. Aujourd’hui, il nous faut regarder ce qui est utile, visible. Nous sommes dans une société qui se transforme, qui bouge.
- Le grand bétonnage de la Réunion est un viol de l’identité, les gens laissent faire. Il faudrait que l’on mette des noms créoles sur les panneaux de signalisation. Sur les chemins pavés, on ne
doit pas mettre du goudron.
Suivent plusieurs interventions où l’aspect politique de l’aménagement est abordé, et qui au fil des échanges se révèlent
être central, par l’application du code de l’urbanisme, les problèmes que l’on rencontre face à un maire, les relations entre le public et le privé dans l’aménagement, la récupération des
territoires.
- Les outils d’aménagement existent, mais semblent ne pas être pris en compte. Et surtout l’accent est mis sur le manque d’information de la population sur toutes ces problématiques.
- Un mot sur les États Généraux en général : c’est un grand moment où les citoyens s’adressent au pouvoir. Mais en ce qui nous concerne, il faut dire à tous les pouvoirs. Bien sûr, ils
doivent demander des moyens plus importants au pouvoir central, à Paris, mais ils doivent aussi adresser leurs doléances aux pouvoirs décentralisés que sont le Conseil Régional, le Conseil
Général, les mairies sans compter les communautés d’agglomérations. C’est l’occasion de mieux faire vivre la décentralisation.
Les outils d’aménagement existent avec le PLU, le SCOT et le SAR, mais chacun sait que les élus traînent les pieds le plus souvent de ce côté-là. Aux élus avec ces outils de protéger
ces territoires ! Et dans la relation public-privé, la loi d’expropriation pour utilité publique n’a pas été faite uniquement pour des petits propriétaires mais aussi pour les
gros patrimoines fonciers. L’aménagement du territoire veut dire en premier lieu maîtrise foncière, et là, il faut abonder l’EPFR parce que cette structure ne dispose pas de beaucoup d’argent, et
pourtant les collectivités comme le monde économique ont besoin de terrains pour faire sortir leurs projets. Encore faut-il qu’il y ait une volonté politique pour le faire ! D’où la
responsabilité des élus locaux en général.
- Tous les outils d’aménagement existent, personne n’est sensé les ignorer, et pourtant les élus n’agissent pas. Le problème, c’est la non-information dans ce domaine.
Aujourd’hui, l’aménagement, c’est le flou pour les citoyens ; et pourtant cela doit être intégré dans la vie des gens.
- Nous devons nous interroger afin de savoir pourquoi les gens ne viennent pas chercher l’information.
- On ne peut pas infantiliser la population. Il n’empêche qu’à Saint-André, pour le débat, nous avons demandé où se trouve la Salle
Alphonsine pour nous y rendre et beaucoup de Saint-Andréens dans la rue ne le savaient pas. Où trouver les informations ?
- La population ne connaît pas les enjeux.
- Chacun ne peut pas lire le code d’urbanisme et s’intéresser aux équipements publics. Mais il faut aussi que l’effort vienne du public. Dans les collectivités on communique par opportunisme. Les
maires sont obligés de rentrer dans les grilles de financement qu’on leur impose s’ils veulent trouver des financements pour leurs projets. Il faut dire au pouvoir central d’arrêter de produire
de telles grilles de financement. Le mieux est de dire : je donne des enveloppes, faites des projets. Il y a une hypocrisie dans cette affaire de ZAC.
- Dans l’aménagement, certains veulent faire du beau, mais du copier-coller en quelque sorte. Seulement, cela n’est concevable que pour quelques cas particuliers. Nous manquons d’architectes
audacieux. Pourquoi ne pas être aussi audacieux pour les logements sociaux ? Malheureusement, c’est la modélisation des formes. C’est quoi l’architecture créole ? Ce n’est pas parce que
l’on va garder quelque chose pour nous que c’est de l’architecture créole.
- L’aménagement est un projet politique, et il faut plus qu’un mandat pour bien faire. Les gens ne sont pas au courant. L’information passe un peu, mais dans les concertations ne viennent que
ceux qui sont contre. L’expérience a montré qu’avec le temps les choses évoluent. Il faut trouver un lien entre la tradition et la réalité. Il faut aussi réfléchir sur la densité et comment
habiter traditionnellement dans des logements collectifs. Il faut faire aussi du mobilier urbain et ne pas l’acheter sur catalogue (jardinières, fabrique de luminaires, par exemple). Le
développement durable, c’est tout simplement un bon sens pratique. L’eau, c’est le pétrole de demain, et quand on a voulu monter des projets pour la récupération des eaux de pluie, on a eu droit
à une fin de non-recevoir.
- Parler d’aménagement et de culture, c’est presque un pléonasme. La toponymie, on en pratique dans le sud de la France en langue doc. Il faut mettre aussi en place des chantiers
archéologiques ; il appartient à la DRAC et au Conseil Général de nommer un archéologue. La concertation, elle commence à l’école, on peut aussi penser à un programme adapté dès l’école
primaire.
- L’aménagement, c’est une volonté politique qui doit venir des élus communaux, les élus de quartier servant de relais. Attention à l’audace dans l’architecture, cela risque de ne pas être trop
vivable. À propos de l’architecture créole contemporaine : l’architecte n’est pas responsable de tous les maux, c’est le maître d’ouvrage qui donne les ordres – les élus ne sont pas toujours
très férus en la matière, d’où l’idée d’une formation pour les élus.
- Intervention d’un défenseur du site de la Grande-Chaloupe (menaces du chantier du tram-train sur le site) :
Nous disons « stop aux expulsions ». Ici, on n’est pas dans le pléonasme en parlant aménagement et culture, et c’est souvent le cas à la Réunion.
- La création d’un cadre bâti est un acte collectif ; chaque acteur à son niveau y participe. Si un acteur ne joue pas son rôle, c’est le projet qui en pâtit. Audace ne veut pas dire grand
projet. Un architecte est audacieux si tous les acteurs le sont. Souvent on donne à l’architecte quelques mois seulement pour des logements sociaux, avec un budget au ras des pâquerettes. Les
acteurs communiquent, le problème c’est que la population ne comprend pas les enjeux ; elle perd le sens de la qualité de l’espace. Toute la question est de concevoir un espace adapté à son
mode de vie. Il faut une perception, une éducation, une formation pour prendre conscience de la qualité d’un espace public. L’architecture créole est une expression d’une architecture adaptée à
un lieu, une réponse à tout un environnement culturel, économique. Elle se doit aussi d’évoluer pour répondre à la vie d’aujourd’hui.
- La population ne comprend pas les enjeux, dit-on. Mais on n’a pas construit l’Histoire, il y a un problème de déménagement. La population fait face à un faux choix : on va faire votre
développement, mais on oublie votre histoire ; trop souvent, le bétonnage est un recouvrement. L’Histoire de la Réunion est constituée d’évacuations successives (la période du café, la
période du sucre, la période de l’aménagement, etc.). C’est qu’ils ont besoin d’une tranchée couverte ; nous avons voulu prendre un contact avec la Région pour y mettre un peu d’histoire.
Pour cette tranchée couverte de Saint-Denis (sur le Boulevard sud), nous avons travaillé l’histoire du quartier ; on y a trouvé des ossements, et on constate que l’on utilise du béton pour
les recouvrir.
- Il ne faut pas dire que la population ne comprend pas. Non, les gens ne sont pas écoutés.
- L’arbre dans la ville : les arbres vivent longtemps et les gens s’y réfèrent ; c’est comme un « pied de zévis » dans un quartier ou un « pied de tamarins ». Dans
l’Ouest, il y a des friches qui restent et qui révèlent la présence de plantes endémiques qui repartent. Il faut repérer ces espaces de futures forêts, les conserver, les utiliser comme des
poumons verts de l’Ouest. L’arbre est structurant dans la vie, c’est du sens en matière de mémoire. L’urbanisation doit respecter cette conservation des espaces. Il n’y a plus d’urbanité dans les
ZAC.
- Pas loger à la Réunion ; habiter à la
Réunion.
- La communication est à revoir. Les adjoints des quartiers doivent faire un travail afin de faire rentrer la communication dans les cases. Ce sont toujours les mêmes qui ont envie de communiquer
et qui connaissent…les autres aussi ont des droits.
- La démarche archéologique est une mesure compensatoire, après les chantiers. En Martinique, pour les ZAC, il y a une opération qui est menée : une systématisation de l’archéologie
préventive.
- Des noms des quartiers disparaissent (par exemple, dans ce que l’on appelle le Moufia). Il faut refaire des enquêtes et donner des
noms qui sonnent encore aujourd’hui. Pour sortir d’un appauvrissement culturel.
- La SIDR a besoin des relais aujourd’hui, les élus. Parlons de l’importance des élus. Il y a trop peu d’élus à la Réunion. Seulement 24 communes pour 800 000 habitants, et
1 000 000 dans peu de temps. Saint-Paul est immense, et il n’y a pas assez d’élus. Saint-Denis aussi ! Des quartiers entiers n’ont pas d’élus. On a besoin de
« redécouper » les communes et améliorer la proximité de ces élus.
- Une intervenante apporte une information et intitule son intervention : respect de nos dimanches-parties, pour parler des sorties des familles qui vont pique-niquer le
dimanche. On a construit des cases sur nos aires de pique-nique, près de l’Etang de Saint-Paul, précise-t-elle. C’est un espace boisé que des gens s’étaient approprié. Un aménageur
y a construit des maisons. Dans le même ordre d’idées : respecter les petits chemins qui donnent accès aux plages. Quand dans un quartier, 300 logements ont été construits, les gens qui y
habitaient déjà n’ont pas eu accès à ces logements et se sont retrouvés dans l’obligation d’aller chercher ailleurs un logement décent. Cela est vécu comme un viol de leur quartier.
- Le financement des projets dans le domaine culturel par exemple est très compliqué, il faut presque passer par un tunnel et cela contribue à augmenter les coûts. Il faut aussi assouplir le
contrat d’appariement avec d’autres régions européennes pour ne pas perdre un paquet d’argent.
- Le parc national campe sur l’Histoire de la Réunion. Dans sa mise en place, l’Histoire du pays doit être respectée.
- La communication n’est pas accessible à tout le monde ; il y a un manque d’éducation des familles sur le fonctionnement des collectivités et les enjeux que l’on met dans les mains des
élus. Le poids des outils d’aménagement n’est pas compris. L’aménagement, c’est l’organisation du développement d’un espace, d’un territoire. L’aménagement n’est pas nécessairement associé au
bétonnage. Il l’est à la planification.
- À propos de la toponymie : on ne tient pas compte des recherches. Dans le réservoir des noms possibles, on n’y puise pas. Créer une commission toponymique pour proposer des noms de
lieux.
- Dans les quartiers, il faut trouver d’autres espaces de parole.
- La pollution visuelle : trop de panneaux annonçant que mon restaurant est là, que ma boutique est là. L’élu devrait avoir un pouvoir de police contre ces panneaux sauvages.
- L’élu local a besoin d’un cadre de responsabilisation.
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